L’arbre de votre voisin culmine à plus de 10 mètres, vous prive de soleil ou laisse tomber ses feuilles chez vous ? Avant de vous fâcher, une précision s’impose : la loi ne fixe aucune hauteur maximale pour un arbre. Tout se joue sur la distance de plantation par rapport à la limite séparative. On fait le tour de ce que dit le Code civil, de la fameuse prescription trentenaire et de vos recours concrets, étape par étape.
Arbre de plus de 10 mètres : que dit vraiment la loi ?
Première surprise : aucun texte ne plafonne la hauteur d’un arbre. Un sujet peut légalement atteindre 10, 15 ou 20 mètres. Ce que la loi encadre, c’est la distance de plantation par rapport à la limite séparative, fixée par l’article 671 du Code civil. La règle tient en deux lignes :
| Hauteur de la plantation | Distance minimale de la limite |
|---|---|
| Plus de 2 mètres | 2 mètres de la limite séparative |
| 2 mètres ou moins | 0,50 mètre de la limite séparative |
Comment se mesurent la hauteur et la distance ?
La distance se mesure depuis le milieu du tronc jusqu’à la limite de propriété, et la hauteur depuis le niveau du sol. Un règlement local ou un usage de la commune peut imposer des règles différentes : pensez à vérifier le plan local d’urbanisme en mairie. À distance respectée, votre voisin a parfaitement le droit de laisser pousser un arbre de 10 mètres, même s’il finit par vous faire de l’ombre.
L’arbre de votre voisin respecte-t-il les distances ?
Tout se joue donc sur ce point précis. Si l’arbre est planté à moins de 2 mètres de la limite alors qu’il dépasse 2 mètres de haut, votre voisin n’est pas en règle. L’article 672 du Code civil vous autorise alors à exiger son arrachage, ou sa réduction à la hauteur réglementaire de 2 mètres.
En revanche, si la distance est respectée, vous ne pouvez pas l’obliger à couper son arbre, quelle que soit sa hauteur. La seule exception tient au trouble anormal de voisinage, que nous voyons plus loin. Avant tout litige, sortez donc le mètre et vérifiez la position exacte du tronc par rapport à votre clôture.

La prescription trentenaire : la règle qui change tout
Voici le point qui désamorce bien des conflits. Si l’arbre est planté trop près mais occupe cette position depuis plus de trente ans, il bénéficie de la prescription trentenaire. Concrètement, vous ne pouvez plus exiger son arrachage ni sa réduction : la situation est devenue légalement acquise.
Le point de départ de ce délai est apprécié par les tribunaux, le plus souvent à compter du jour où l’arbre a dépassé la hauteur autorisée. Prouver l’ancienneté d’une plantation n’est pas toujours simple : photos anciennes, témoignages ou actes notariés peuvent servir. Un arbre presque centenaire en limite de propriété est, en pratique, quasiment intouchable.
Branches et racines qui dépassent chez vous : vos droits
Les branches qui avancent au-dessus de votre terrain relèvent de l’article 673 du Code civil. Vous ne pouvez pas les couper vous-même, mais vous êtes en droit d’exiger que votre voisin les élague, et ce droit ne se prescrit jamais. Pour vos propres végétaux en revanche, une élagueuse sur perche vous permet de tailler proprement ce qui dépasse côté rue ou côté jardin.
Les racines, ronces et brindilles qui pénètrent chez vous suivent une autre règle : celles-là, vous avez le droit de les couper vous-même, à l’aplomb de la limite séparative. Pensez ensuite à évacuer les déchets de coupe ; un broyeur de branches transforme les rémanents en paillage bien utile au jardin.

Ombre, chute de feuilles, danger : le trouble anormal de voisinage
Un arbre pourtant conforme peut-il devenir un problème ? Oui, lorsqu’il cause un trouble anormal de voisinage : perte quasi totale d’ensoleillement, racines qui soulèvent une terrasse, risque de chute avéré. C’est alors au juge d’apprécier le caractère anormal de la gêne, au cas par cas. La simple chute de feuilles ou une ombre modérée ne suffisent presque jamais à obtenir gain de cause.
Pour une haie, les règles d’entretien s’appliquent aussi : si la vôtre prend de la hauteur, mieux vaut savoir tailler une haie trop haute dans les règles avant qu’elle ne gêne le voisinage. Côté arbre réellement dangereux, n’attendez pas : un courrier puis, si besoin, une procédure d’urgence permettent de faire intervenir avant l’accident.
Et si le propriétaire décide d’abattre l’arbre ?
Parfois, c’est le propriétaire lui-même qui choisit de couper son arbre devenu trop encombrant. Pour un petit sujet, une bonne tronçonneuse et quelques précautions suffisent ; pour un grand arbre proche des limites ou des réseaux, l’abattage revient à un professionnel équipé. Selon les communes, une déclaration préalable en mairie peut être exigée, en particulier si l’arbre est protégé au titre du plan local d’urbanisme.
« Neuf litiges sur dix se règlent avec un mètre ruban et un café. Avant de parler tribunal, je conseille toujours de mesurer la distance au tronc et de dater la plantation. Quand un arbre est là depuis quarante ans, c’est plié : la prescription joue. Et pour les branches qui dépassent, je le répète à chaque chantier : on ne touche jamais à l’arbre du voisin soi-même, sous peine de devoir payer des dommages. »
Julien M., élagueur-grimpeur en Gironde (33)
❌ Je peux couper moi-même les branches du voisin qui dépassent chez moi.
✅ Vous pouvez l’obliger à les élaguer, mais pas y toucher vous-même. En revanche, les racines qui empiètent sur votre terrain, vous avez le droit de les couper à la limite de propriété.
Quels recours, étape par étape ?
Vous estimez être dans votre bon droit ? Procédez par étapes, du plus simple au plus formel :
- Parlez-en d’abord à votre voisin : un échange courtois règle la grande majorité des situations.
- En cas de blocage, envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception détaillant votre demande.
- Saisissez gratuitement un conciliateur de justice, étape souvent obligatoire avant toute action en justice.
- En dernier recours, portez l’affaire devant le tribunal judiciaire, idéalement avec l’aide d’un avocat.
5 infos clés à retenir
Aucune loi ne fixe de hauteur maximale pour un arbre : tout dépend de la distance de plantation.
Arbre de plus de 2 mètres : il doit se trouver à 2 mètres minimum de la limite séparative (article 671).
Planté trop près depuis plus de 30 ans : la prescription trentenaire le protège de l’arrachage.
Branches qui dépassent : exigez l’élagage, ne coupez jamais vous-même ; racines : vous pouvez les couper.
Arbre conforme mais très gênant : seul un trouble anormal de voisinage, reconnu par un juge, permet d’agir.
Vos questions sur l’arbre de plus de 10 mètres du voisin
Lexique du voisinage et des plantations
Limite séparative : Frontière juridique entre deux propriétés voisines, qui sert de référence pour mesurer les distances de plantation.
Article 671 du Code civil : Texte fixant les distances de plantation : 2 m de la limite pour un végétal de plus de 2 m, 0,50 m pour les plus petits.
Article 672 du Code civil : Texte permettant d’exiger l’arrachage ou la réduction des plantations trop proches, sauf prescription.
Article 673 du Code civil : Texte réglant le sort des branches et racines qui dépassent sur la propriété voisine.
Prescription trentenaire : Règle selon laquelle une plantation en place depuis plus de trente ans ne peut plus être contestée.
Trouble anormal de voisinage : Gêne excédant les inconvénients normaux entre voisins, qui peut ouvrir droit à réparation devant le juge.
Élagage : Taille des branches d’un arbre pour en réduire le volume ou supprimer celles qui dépassent.
Abattage : Coupe complète d’un arbre, parfois soumise à déclaration ou autorisation en mairie.
Mise en demeure : Courrier formel, souvent recommandé, sommant le voisin de respecter ses obligations.
Conciliateur de justice : Tiers bénévole et gratuit qui aide à résoudre un litige à l’amiable avant le tribunal.
Plan local d’urbanisme (PLU) : Document communal qui peut fixer des règles locales de plantation et protéger certains arbres.
Haie mitoyenne : Haie appartenant en commun aux deux voisins, dont l’entretien est partagé.
Pour aller plus loin (sources)
- Service-Public.fr (plantation de végétaux, haies, arbres) : https://www.service-public.gouv.fr
- Légifrance, Code civil (articles 671 à 673) : https://www.legifrance.gouv.fr
- Village de la Justice : https://www.village-justice.com
- ANIL, Agence nationale pour l’information sur le logement : https://www.anil.org