Des grattements au plafond la nuit, des emballages percés dans le placard, des crottes près des fruits ? Un loir a probablement élu domicile chez vous. Ce rongeur nocturne omnivore raffole des fruits frais et secs, des noix, des céréales, du chocolat et même des croquettes de vos animaux. Ce qu’il mange, ce qu’il abîme et comment le faire partir légalement : on vous dit tout !
Le loir, portrait d’un gourmand nocturne
Le loir gris (Glis glis) appartient à la famille des Gliridés, comme ses cousins le lérot et le muscardin. Imaginez un petit écureuil en pyjama gris : une vingtaine de centimètres avec la queue touffue, de grands yeux noirs taillés pour la vie de nuit et une agilité de gymnaste. Ce rongeur nocturne grimpe le long des murs, court sur les gouttières et se faufile par un trou de quelques centimètres.
Sa particularité la plus connue lui vaut l’expression « dormir comme un loir » : il hiberne environ sept mois, de l’automne au printemps. Le reste de l’année, il n’a qu’une obsession, manger pour constituer ses réserves de graisse. Et votre maison, avec ses combles tranquilles et son garde-manger bien rempli, coche toutes les cases du palace quatre étoiles.
Que mange un loir en pleine nature ?
Dans son habitat naturel, forêts de feuillus, vergers et haies, le loir suit un régime omnivore à forte dominante végétale. Il adapte son menu aux saisons et aux ressources disponibles, avec une préférence marquée pour tout ce qui est riche en énergie.
- Les fruits et baies : pommes, poires, prunes, figues, mûres, raisins. Le sucre des fruits mûrs est son carburant préféré.
- Les fruits secs et graines : noisettes, noix, glands, faînes. Faciles à stocker, ils composent l’essentiel de ses réserves d’automne.
- Les bourgeons et jeunes pousses : au printemps, à la sortie d’hibernation, ils dépannent en attendant les premiers fruits.
- Les champignons et écorces : un complément régulier, surtout en forêt.
- Les insectes et petites proies : cloportes, limaces, larves, parfois des œufs ou des oisillons. C’est sa part de protéines animales.

Que mange un loir dans une maison ? Son menu chez vous
Une fois installé sous votre toit, le loir devient un opportuniste total. Tout ce qui est accessible, gras ou sucré finit à son menu. La cuisine et le cellier sont ses terrains de chasse favoris, et un placard mal fermé suffit à le ravitailler pour la semaine. Voici ce qu’il cible en priorité.
- Les fruits frais de la corbeille ou de la cave : pommes, poires, prunes et raisins entreposés sont attaqués les premiers.
- Les fruits secs et oléagineux : noix, noisettes, amandes, un concentré d’énergie idéal avant l’hibernation.
- Le pain, les biscuits et les céréales : les emballages en carton ou en plastique fin ne lui résistent que quelques minutes.
- Le chocolat, le miel et les confitures : les produits sucrés exercent sur lui une attraction redoutable.
- Les croquettes et graines de vos animaux : la gamelle du chat ou le sac de graines pour oiseaux sont des libres-services parfaits.
- Les restes de repas : miettes, plats non couverts, poubelle de cuisine mal fermée, rien ne se perd.
❌ Le loir mange les fils électriques et l’isolant de la maison.
✅ Il ne les mange pas : il les ronge pour user ses incisives qui poussent en continu, et il creuse la laine de verre pour y aménager son nid. Le résultat reste le même pour vous, avec un vrai risque électrique à la clé.
Pourquoi votre maison l’attire autant
Trois bonnes raisons poussent un loir à s’inviter chez vous : un garde-manger ouvert toute l’année, une température douce et un abri inaccessible aux prédateurs. Les combles, le grenier et les doublages isolants offrent exactement le calme qu’il recherche pour dormir le jour et hiberner l’hiver.
Les intrusions culminent en fin d’été et en automne, quand l’animal doit doubler son poids avant d’hiberner. Si vous entendez des cavalcades nocturnes au plafond à cette période, ouvrez l’œil : crottes cylindriques, emballages rongés et odeur d’urine confirment vite le diagnostic. L’identification précise est la première étape, exactement comme pour les insectes noirs dans la maison : on ne traite bien que ce qu’on a bien identifié.
« Quand un client m’appelle pour des bruits dans les combles, je commence toujours par chercher les indices alimentaires : des noyaux de fruits rongés bien proprement et des crottes brillantes regroupées au même endroit, c’est la signature du loir, pas celle du rat. La grosse différence avec les souris, c’est qu’il est protégé : je n’ai pas le droit de poser du poison ni des tapettes. Je travaille uniquement à la nasse, appâtée avec une demi-pomme ou du beurre de cacahuète, et je rebouche ensuite tous les accès de plus de trois centimètres. Sans cette étape, un autre loir reprend la place dans le mois. »
Karim, technicien hygiène et nuisibles dans l’Isère (38)

Dégâts : ce que son appétit vous coûte vraiment
Le préjudice alimentaire est le plus visible : denrées entamées, souillées par l’urine et les crottes, donc bonnes à jeter intégralement. Un loir contamine bien plus qu’il ne consomme, et ses allers-retours entre la poubelle et vos placards posent une vraie question d’hygiène.
Le plus coûteux se joue pourtant hors de la cuisine. La laine de verre creusée en galeries perd son pouvoir isolant, les câbles rongés provoquent pannes et risques de court-circuit, et les gaines comme les tuyaux souples ne sont pas épargnés. Sans parler des nuits blanches : un loir qui galope au plafond fait un vacarme étonnant pour ses 150 grammes. Un grenier sain sur la durée, c’est aussi protéger sa charpente contre l’humidité et les insectes une fois l’animal parti.
Comment l’empêcher de se servir (et le faire partir)
Première règle, et elle est imposée par la loi : le loir gris est une espèce protégée par la convention de Berne. Interdiction de le tuer, d’empoisonner ou de poser des pièges létaux. La stratégie gagnante se joue donc en quatre temps.
- Coupez le buffet : stockez fruits, céréales et croquettes dans des bocaux en verre ou des boîtes métalliques hermétiques, couvrez la corbeille de fruits et fermez la poubelle.
- Rendez les lieux moins accueillants : les odeurs fortes le dérangent. Huiles essentielles d’eucalyptus ou de menthe poivrée sur des cotons renouvelés régulièrement, à placer près des passages repérés.
- Capturez sans tuer : une nasse de capture vivante appâtée avec une demi-pomme, des noisettes ou du beurre de cacahuète, puis relâchez l’animal à plusieurs kilomètres, en lisière de bois.
- Verrouillez la maison : grilles fines sur les aérations, trous et passages de toiture rebouchés, branches d’arbres en contact avec le toit élaguées. C’est l’étape qui évite la récidive.
La logique est la même que pour un traitement anti punaises de lit : plus vous agissez tôt, moins la facture grimpe. Et un comble sec et ventilé attire moins de visiteurs, les remèdes de grand-mère contre l’humidité ont donc aussi leur place dans la panoplie préventive.
5 infos clés à retenir
Le loir est un omnivore opportuniste : fruits frais et secs, noix, céréales, chocolat, miel et croquettes composent son menu dans une maison.
Il ne mange pas les câbles ni l’isolant : il les ronge pour ses incisives et y creuse son nid, avec un vrai risque électrique.
Les intrusions explosent en fin d’été et automne, quand il constitue ses réserves avant environ 7 mois d’hibernation.
Espèce protégée par la convention de Berne : poison et pièges létaux sont interdits, seule la capture vivante suivie d’une relâche à distance est permise.
La parade durable tient en deux gestes : denrées en contenants hermétiques et tous les accès de plus de 3 cm rebouchés.
Vos questions sur le loir dans la maison
Lexique du loir et des rongeurs de la maison
Loir gris (Glis glis) : Rongeur nocturne arboricole au pelage gris et à la queue touffue, le plus grand des Gliridés européens.
Gliridés : Famille de petits rongeurs regroupant le loir, le lérot et le muscardin, tous capables d’hiberner.
Lérot : Cousin du loir reconnaissable à son masque noir autour des yeux, plus fréquent près des habitations dans certaines régions.
Muscardin : Le plus petit des Gliridés, au pelage roux doré, rarement observé dans les maisons.
Omnivore : Régime alimentaire combinant végétaux (fruits, graines, bourgeons) et proies animales (insectes, œufs).
Hibernation : Long sommeil hivernal durant lequel le métabolisme ralentit, environ sept mois chez le loir.
Opportuniste : Se dit d’un animal qui adapte son alimentation aux ressources les plus accessibles de son environnement.
Capture vivante : Méthode de piégeage qui garde l’animal indemne en vue de le relâcher ailleurs, seule option légale pour le loir.
Nasse : Cage piège à porte basculante qui se referme quand l’animal vient prendre l’appât.
Convention de Berne : Accord européen de protection de la faune sauvage : le loir gris figure à son annexe III.
Répulsif olfactif : Substance à l’odeur forte (huile essentielle, vinaigre) utilisée pour décourager un animal de fréquenter un lieu.
Incisives à croissance continue : Dents des rongeurs qui poussent en permanence, les obligeant à ronger pour les user.
Combles : Espace situé sous la toiture, aménagé ou non, refuge favori des loirs dans une habitation.
Indices de présence : Traces laissées par un animal : crottes, restes de repas, bruits, odeurs, empreintes.
Pour aller plus loin (sources)
- Wikipédia, Loir (animal) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loir_(animal)
- GMHL (Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin), Loirs et lérots dans ma maison : https://gmhl.asso.fr/wp-content/uploads/2023/04/FT_Loirs_Lrots_red.pdf
- Le Figaro, Comment se débarrasser d’un loir dans une maison ? : https://www.lefigaro.fr/maison/comment-se-debarrasser-d-un-loir-dans-une-maison-20221008